Accueil BIEN aimé Jean-Pierre Métivet. D’Envoyé spécial à Trémolat

Jean-Pierre Métivet. D’Envoyé spécial à Trémolat

Jean-Pierre Métivet. 2013. Au Guatemala Reportage “La route du café“. © collection personnelle
DU MONDE ENTIER AU PÉRIGORD. Ancien journaliste à la rédaction de France 2 et du magazine Envoyé Spécial, Jean Pierre Métivet vit aujourd’hui à Trémolat. Retour sur le parcours d’un grand reporter qui a choisi de jeter l’ancre en Périgord.

À l’orée des années cinquante, Ivry-sur-Seine est une ville de la banlieue parisienne faite de cités ouvrières comme on en trouve sur la ceinture de la capitale. Jean-Pierre Métivet naît et grandit dans l’une d’elles, nommée “Les colonies Alexandre”, du nom d’un chocolatier philanthrope comme on en rencontre dans l’histoire de l’industrie du XIXe siècle. Une enfance heureuse au milieu des bandes de gamins au début des trente glorieuses, école primaire, collège, lycée… Jean-Pierre fait de sérieuses études de philosophie qui l’amènent à la Sorbonne. Il se retrouve au cœur des “événements de mai 68” dans le quartier le plus chaud de la révolte étudiante. Il en garde surtout aujourd’hui le souvenir d’une effervescence innovante.

L’époque de tous les possibles

« Je me souviens d’avoir vu Aragon discuter avec cinquante étudiants assis en face de lui. Nous avions l’impression qu’après des années plombées, tout devenait possible. J’avais eu des profs formidables à la fac de Vincennes où j’ai croisé Foucault, Deleuze etc… puis après mes diplômes obtenus à la Sorbonne, j’ai enseigné la philosophie et la sociologie politique à la fac de Reims. Certains étudiants de quatrième année étaient plus vieux que moi ! »

Le jeune prof est appelé sous les drapeaux en Allemagne et, à son retour, il ne retrouve pas son poste. Cette période délicate de chômage va être déterminante pour la suite de sa vie. À la recherche d’un emploi, il intègre un groupe de presse qui édite des journaux, exclusivement à vocation professionnelle, revues pour les médecins, les transports, le tourisme, l’agriculture, etc. Il obtient ainsi sa première carte de presse. Jean-Pierre n’est pas passionné par le contenu des sujets qu’il a à traiter et, au bout de quelques années, il quitte son employeur, devient pigiste pour divers médias et c’est ainsi que la télévision lui propose une enquête sur un sujet “consommation” : que deviennent les aliments périmés ? Il approche pour la première fois le monde de l’enquête sur les pratiques de certains industriels peu scrupuleux. Il découvre aussi la délicate question de la déontologie dans un média aussi puissant que la télévision.

Envoyé spécial, magazine de référence

À partir de ce moment-là, il ne quittera plus le service public à travers Antenne 2, puis France 2. Il est intégré après quelques années dans divers services, dont celui du social et de l’économie. Le directeur de la rédaction d’Antenne 2 n’est autre que Pierre-Henri Arnstarm, ancien maire de Villeréal et actuel président du festival du film de Sarlat. Jean-Pierre va travailler dix ans pour le JT de 20h avec des présentateurs comme Bruno Masure, Paul Amar, Claude Sérillon, Christine Ockrent, Bernard Rapp, Noël Mamère…

Son premier reportage pour Envoyé Spécial sera un portrait de Georges Soros, un financier américain d’origine hongroise que l’on baptisait “l’homme qui a fait sauter la banque d’Angleterre”, avant de devenir philanthrope et de se consacrer à l’aide à la démocratie et aux droits de l’Homme dans le monde. Le reportage est remarqué. Il restera vingt ans au magazine de référence du service public présenté par Paul Nahon et Bernard Benyamin, puis par Guilaine Chenu et Françoise Joly.

Enquêtes et voyages

© Loïc Mazalrey

« J’ai beaucoup aimé ce travail de journaliste d’enquête, dans lequel on prend le temps d’aller au fond des choses. C’était un magazine qui proposait des sujets extrêmement variés. À la suite d’un portrait d’un artiste célèbre – je me souviens en particulier de Raymond Devos – je pouvais me retrouver en Afghanistan dans les montagnes enneigées. Un de mes reportages, “nourrices, mensonges et vidéo”, a été beaucoup vu parce que rediffusé plusieurs fois : des familles américaines installaient des caméras cachées chez elles pour voir comment la nounou se comportait avec leur bébé. Le résultat était parfois assez horrifiant. »

Parmi les moments qui ont beaucoup marqué Jean-Pierre, il évoque ce reportage à Moscou à la fin de l’ère Eltsine, juste avant l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine…  « Les Russes travaillaient à trier les métaux dans les tas d’immondices pour un salaire, pas pour chercher de la nourriture. De temps en temps, des biffins qui vivaient sur place trouvaient des restes de restaurants encore tout frais. Et c’était la fête. Mais les autres n’avaient trouvé que ce travail : récupérer le métal dans des kilomètres de détritus, le ramener, le faire peser et toucher quelques sous. Il n’y avait pas d’autres boulots. Un peu plus loin, des gens fouillaient pour trouver de quoi se nourrir. Il sortaient des immondices des esturgeons entiers, jetés par les restaurants de luxe des oligarques russes. »

Jean-Pierre n’oublie par les yeux de cette femme qui regarde la caméra et qui dit : « Je n’ai pas honte. Je suis enseignante, je n’ai pas été payée depuis des mois et je n’ai pas de quoi acheter à manger » ; ou cet autre : « Ce que les Allemands n’ont pas réussi à faire en quatre ans, Gorbatchev l’a fait en un an ! ». Ce genre de reportage, ça vous marque un homme. On n’a pas la même vue de l’Histoire qu’à Paris ou en Périgord.

Direction le Périgord

Jean-Pierre Métivet sur le plateau d’Envoyé spécial en 2001, à propos de l’enquête qu’il avait menée sur le scandale du Médiator
Jean-Pierre Métivet sur le plateau d’Envoyé spécial en 2001, à propos de l’enquête qu’il avait menée sur le scandale du Médiator, des laboratoires Servier © France2-Envoyé spécial

Jean-Pierre connaîtra aussi des moments difficiles avec deux procès intentés par les laboratoires Servier et par Jean-Marie Le Pen. Les deux procès sont gagnés par la télé, mais le jour de la diffusion du reportage consacré aux juteuses affaires personnelles du patron du Front National, les CRS protègent l’entrée de France Télévisions, par crainte de débordements de militants d’extrême droite. C’est tout une époque qui laisse à Jean-Pierre Métivet de grands souvenirs, bien qu’il n’ait jamais été très attiré par le mode inquisitoire qui a parfois cours à la télévision.

Et le Périgord dans tout ça ? C’est par ses amis Daniel Gélin et son fils Xavier que Joëlle sa compagne et lui ont découvert cette région.

« C’est en visitant d’autres amis belges qui habitent Trémolat que Joëlle a eu un coup de cœur pour une bâtisse dans le village, un ancien atelier de forgeron qui ressemble à un séchoir à tabac. J’étais fasciné par les paysages de Dordogne, qui me rappelaient la Corrèze que j’avais connue dans mon enfance… Les murs, les pierres, les lichens, les mousses… Sur fond de prés vert, ça m’a toujours fasciné et ça m’apaise. Nous nous sommes installés là et nous avons acheté une autre maison à Pezuls pour pouvoir accueillir les enfants et les petits enfants. J’avais pensé qu’à l’âge de la retraite je continuerai à faire un peu de journalisme et, finalement, je me suis fait happer par le bonheur des jours en Périgord, les amis, les enfants et la passion du bois. J’ai un petit atelier de menuiserie et je travaille le bois. J’adore ça. Et le métier de journaliste s’est éloigné tranquillement. »

Une reine du foot à ses côtés

Aujourd’hui Joëlle et Jean-Pierre participent activement à la vie de Trémolat. Les amis viennent les visiter et la vie associative les accapare.

Jean-Pierre Métivet, le menuisier passionné, polit le bois de chêne ou de noyer du Périgord pour en faire une bibliothèque ou un banc pour la maison de Pezuls. Il s’apprête à suivre sa compagne pour une compétition internationale de football en Afrique du Sud… Parce que Joëlle fait partie de la désormais célèbre équipe des Reines du foot de Trémolat, qui sont devenues vedettes du ballon rond bien au-delà des limites du village, au point qu’on les verra bientôt à la télévision dans un reportage… d’Envoyé Spécial. La boucle sera bouclée.

Jean BONNEFON