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À la découverte du patrimoine de l’industrie de la chaussure en vallée de l’Isle

Industrie de la chaussure en vallée de l'Isle : 1951, usine Marbot, transport du personnel
1951, usine Marbot : transport du personnel © D.R.
BIEN DANS SES POMPES. Au Musée Voulgre, à Mussidan, une exposition met en lumière l'essor de l'industrie de la chaussure dans la vallée de l'Isle, illustrant son impact social et économique sur le territoire.

C’est l’exposition du moment au Musée André Voulgre, à Mussidan, une immersion au cœur de la (petite) vallée de la chaussure. Elle s’intéresse au foisonnement de cette activité, à la diversité des productions industrielles (argile, cuir, fer, bois, etc.) et à la façon dont la vallée a été marquée par l’essor de l’industrie du chaussant. Plutôt qu’une rétrospective définitive, cette exposition ouvre un champ de recherche sur l’histoire de cette industrie.

Remontons le temps

Il y a 60 ans, la vallée était un centre d’industrie dynamique, où les usines produisaient une grande variété de biens, notamment des chaussures. L’industrie de la chaussure s’est particulièrement développée grâce à l’axe de communication offert par la vallée de l’Isle, à la force de la rivière et aux compétences des habitants. Après la Seconde Guerre mondiale, l’industrie a attiré une main d’œuvre rurale, créant un mode de vie particulier entre l’usine et la ferme. Mais cette activité industrielle a connu une désindustrialisation vive dans les années 1980, avec la fermeture de nombreuses usines, Marbot-Bata étant la dernière à licencier, en 2009, mettant ainsi fin à un siècle de production de chaussures dans la région.

Une industrie passée à l’histoire

Le conservateur du musée André Voulgre, Ludovic Chasseigne, a exploré la partie scientifique de l’exposition, mais pas seulement.

© D.R.

« Il y avait des bribes de collections autour de la chaussure dans le musée qui appartenait au docteur André Voulgre. Après son décès, les amis du musée acceptèrent des dons d’anciens ouvriers dans les années 80 : Arma (Mussidan), Marbot (Neuvic), puis un gros don, des centaines de chaussures de la famille Broussouloux (suite au décès de l’ancienne assistante sociale de Marbot). Autour du CRAC (Créateur de Rencontres et d’Actions Culturelles), du livre Mémoire ouvrière et paysanne 1945-1985 aux éditions Fanlac, de Nicolas Caminel, responsable adjoint de la bibliothèque de Neuvic, une dynamique s’est aussi engagée avec des associations, l’Appa (l’association patrimoniale au pays d’Astérius) et les Patrimoniales de Saint-Germain-du-Salembre. Tout cela mis bout à bout, il était logique qu’un jour une exposition voie le jour. Le temps était passé, les blessures économiques et sociales pouvaient basculer vers l’approche patrimoniale. L’idée a germé pendant six ans, laissant place au travail en 2022 et le lancement de la collecte en octobre 2023. Tous les acteurs de cette aventure, travaillant sur leur propre territoire grâce au fil rouge de cette exposition, ont œuvré de concert pour y arriver ! Tout s’est fait naturellement. »

Pour le conservateur, il en est dans cette exposition comme dans la collection permanente du musée : il n’y a pas de pièce emblématique.

« C’est une accumulation de petites touches qui donne toute la valeur à l’ensemble. On aurait pu juste présenter une collection de Marbot pour parler de toute la vallée de la chaussure, mais non ! C’était l’écueil : ne pas s’arrêter à Marbot et aller plus loin. Marbot, c’était 2 000 ouvriers ; les autres, au plus fort de leur croissance, c’était 200 ou 300 ouvriers. On n’est pas sur la même échelle. C’est du site de Marbot, à Planèze, que tout part pour la chaussure, en vallée de l’Isle aussi, avec l’usine de Beauregard. C’est normal qu’il ait une place centrale et on essaie de la marquer dans l’expo. Ce n’est pas l’arbre qui cache la forêt. »

– Qu’est-ce que le public pourra retenir de cette exposition ?

© D.R.

« Que l’industrie de la chaussure est passée dans le champ de l’histoire, du patrimoine. Il ne s’agit pas uniquement de chaussures produites par des machines : des hommes les actionnaient. Il y a tout une dimension humaine, sociale. On n’occulte pas la part importante des entrepreneurs, comme Beauregard et tant d’autres qui se sont lancés dans la création de leur usine, mais il n’y a pas que l’aventure industrielle et technologique, il y a l’humain et c’est ce qui a été le plus difficile à rendre visible dans l’exposition. Les objets ont été fabriqués par des petites mains et c’est compliqué, dans une scénographie, de faire transparaître cela. D’où un film pour mettre des visages en face des chaussures. Même si nous avons mis plusieurs années à réaliser cette exposition, nous avons manqué de temps pour mener de longues recherches et exploiter toutes les ressources et les témoignages enregistrés. Nous n’avons pas eu les moyens d’aller jusqu’au bout, mais nous avons le film projeté pendant l’exposition.

– Quelles réactions attendez-vous de cet événement ?

« C’est toujours pareil, la mémoire s’efface et ce sont les faits les plus récents qui semblent les plus importants. Nous sommes à la fin des conflits des années 80 et de la fermeture des usines. En fait, tout au long de l’histoire de la chaussure en Dordogne, il y a toujours eu des conflits, pratiquement dès l’origine : en 1905, 1936, mai 68… Tout le monde a ou connaît quelqu’un qui a travaillé dans la chaussure. J’aimerais que les acteurs viennent pour voir ça, pas parce que c’est une exposition hommage. Que ce public se déplace et arrive à passer le cap de la blessure pour s’approcher de cette histoire. Et surtout, que la société, les habitants, s’emparent de cette thématique : les artistes, les historiens, les érudits locaux, pour entrer dans ce champ de recherche et de création. Elle a été peu étudiée et mériterait qu’on s’en empare, qu’on la fasse vivre au-delà de cette blessure.

Isabelle BAGLIONI-FOUILLARET  

Informations pratiques. Notre (petite) Vallée de la Chaussure (entrée 2 euros), exposition visible du 2 avril au 30 septembre 2025, du lundi au vendredi, de 9h à 12 h et de 14h à 18h. Du 1er juin au 30 septembre du mardi au samedi de 9h à 12h et de 14h à 18h. Musée André Voulgre, 4 rue Raoul Grassin, Mussidan. Tél : 05 53 81 23 55. Mail : contact@museevoulgre.fr.

• Vernissage ce mercredi 2 avril à 18h.

• Une exposition temporaire itinérante. L’exposition s’installera ensuite à Saint-Germain-du-Salembre à l’occasion des journées des Patrimoniales de la vallée du Salembre, les 5 et 6 octobre. Elle se déplacera à Neuvic-sur-l’Isle en novembre, puis à Saint-Astier en décembre.

Les enfants s’accaparent cette histoire

Cette exposition résonnera fortement dans le milieu scolaire, avec un projet de reportage sonore qui débutera en mai, en collaboration avec des élèves du collège de Mussidan et leurs professeurs. Les investigations se concentreront sur les sites des ancestrales et récentes usines de la région, incluant des interviews avec d’anciens ouvriers pour recueillir leurs témoignages. Un podcast sera également réalisé pour partager cette précieuse mémoire.

Image de freepik

Parallèlement, des ateliers “Drôle de Grole” seront organisés pour les scolaires, animés par Serge Dumas, le dernier styliste de chaussures de la vallée de l’Isle. Ces ateliers offriront aux participants une immersion unique dans l’univers de la mode et du design de chaussures.

L’association des Amis du Musée, fidèle à son engagement culturel, proposera des activités pour les plus jeunes pendant les vacances de printemps et d’été. Le projet. « Clame ta réclame” explorera l’art du slogan et de l’illustration publicitaire, avec un focus particulier sur une chaussure présentée dans une boîte à cirage en métal. Les enfants auront également l’opportunité de personnaliser des baskets et de créer des bracelets en cuir, alliant créativité et savoir-faire traditionnel. Ces initiatives permettront à la fois de préserver un patrimoine local et de stimuler la curiosité des jeunes générations, en leur offrant des expériences enrichissantes et formatrices.